Oui, il fallait oser, dès les années 80, s’engager sur les chemins encore mal défrichés de la naturopathie, s’ouvrir aux voies nouvelles et aux savoirs ancestraux, sans autre a priori que la recherche, en toute humilité, de ce qui est juste.
Il fallait oser, dans une société encore si machiste, imposer un regard féminin à la fois sensible et rigoureux, pour élever au rang de certitude ce que d’aucuns ne prenaient, au mieux, que pour une intuition floue et ténue : la médecine moderne n’a pas le monopole de la santé.Il fallait oser, face aux tracas administratifs, aux suspicions sournoises, aux manœuvres malveillantes d’une corporation balbutiante, jeter les bases d’un enseignement pluridisciplinaire, l’enrichir au fil des décennies pour en faire non seulement une réussite, mais une référence.
Sans doute les anges veillaient-ils sur ce parcours atypique au point d’ancrer cette conviction inébranlable : « Moi, je ne crois pas, je sais ; je n’essaye pas, je fais. » . Oui, sans doute, mais il fallait oser : c’est fait.
Dans cette famille italienne traditionnelle venue vivre et prospérer en France après la guerre, on parle peu, on ne se plaint pas, mais on n’échappe pas au fracas de l’existence : double vie, enfants cachés, agression, suicide, disparition et même meurtre, rien n’échappe à Jeanne.
La voilà témoin ou dépositaire de ces lourds secrets, elle qui ne croit pas au hasard, mais aux liens invisibles et pourtant si concrets entre les êtres, par-delà les frontières, les générations, et la mort ; elle qui évoque la mémoire transgénérationnelle comme une évidence et comme une réponse aux doutes existentiels ; elle qui s’est émancipée d’une vie sans relief pour défricher avec audace de nouvelles voies inspirées par la nature et baignées de spiritualité.
Une personnalité affirmée, un parcours atypique, une empathie évidente…finalement, tout la destinait à ce rôle de confidente ultime, la seule à qui l’on murmure « Il faudra que je te dise un jour… »
Mais ces secrets de famille, si longtemps tus s’avèrent décidément bien pesants pour ses épaules, pourtant solides. C’est ce fardeau qu’elle dépose sous nos yeux, dans ces pages.




